Qu’est-ce qui me fait courir ?
Publié par scott_tiger dans motivations, Rhône-Alpes, ultra-trail, tags: Marathon, motivation, volontéOn ne commence jamais à courir par hasard. Je me souviens d’un proverbe qui prétend que celui qui veut parcourir un kilomètre n’a qu’à courir mais que celui qui veut changer de vie, doit courir un marathon… On a tous à un moment précis de sa vie la volonté de réaliser quelque chose qui a du sens. Alors, certains changent de travail, de domicile, de look ou de partenaire. D’autres, comme moi, choisissent de courir. Mon entourage s’étonne mais au fond de moi, je sais que c’est ma solution pour changer ma vie.
Envie…
Ma première sortie fut enivrante. Je découvre mon quartier sous de nouvelles perspectives. Je n’avais jamais traversé ces rues autrement qu’en voiture. Je ne savais même pas qu’il y a avait un commerce par-ci ou une cour par-là. Je suis rapidement fier de moi car, pour la première fois depuis longtemps, je sens que je me fais vraiment du bien. J’ai enfin pris le dessus sur trop d’habitudes de sédentaire. L’amplitude de mes foulées est grande. J’ai presque l’allure d’un vrai coureur. Pourtant, petit à petit, le souffle me manque. Puis, des muscles inconnus jusqu’alors me font mal. Rapidement, le rythme ralentit et ma volonté fléchit. Je doute de mes forces pour revenir sans marcher. Je m’accroche à ma fierté, il ne me reste finalement plus que cela… Après trop longtemps, un sentiment de libération quand au bout de la rue l’arrivée est enfin visible. Un sursaut qui ne dure pas car même si la fin semble proche, j’ai toujours l’impression de ne pas avancer. Alors la magie de la course opère. Du fond de mes faibles réserves, je trouve un peu d’énergie pour finir dans un dernier élan. Je ralentis enfin, les dernières foulées sont fébriles. J’en perdrai presque l’équilibre. Je réalise que c’est fait, je m’arrête doucement tout en jetant un coup d’oeil sur ma montre. La durée de cette première sortie est insignifiante. Je suis bien loin d’une quelconque performance. Ce n’est même pas encore un entraînement… Cela reste un premier essai, mais j’ai goûté à de nouvelles émotions. Une nouvelle relation avec mon corps aussi. Je réalise que mes chaussures ne conviennent pas et que mon tee-shirt en coton me colle maintenant à la peau. Mais je l’ai fait, j’ai réussi à changer mes habitudes. Finalement, ce n’est pas si difficile que cela. La prochaine fois, il me suffit de partir trente minutes de mon bureau en avance, ou simplement de manquer le début du film du soir. Mais pas besoin de tout chambouler dans mon emploi du temps. C’est seulement une nouvelle organisation pour de nouveaux objectifs. Et je comprends que j’ai déjà commencé à changer de vie.
Première fois…
Autant le dire tout de suite, la deuxième sortie a été catastrophique. Aucun progrès suite à cette première séance. J’ai pourtant investi dans une vraie paire de chaussures de running et le tee-shirt est maintenant en fibre technique. Le vendeur de ma nouvelle montre m’a certifié qu’il s’agissait de l’outil idéal pour commencer l’entraînement. J’ai même récupéré un plan d’entraînement sur Internet qui donne quelques conseils. Mais c’est la désillusion. Je perds trop rapidement mon souffle et les douleurs de la dernière sortie se font ressentir avec encore plus de forces. Aucun plaisir, seulement de la souffrance. Et même de l’ennui sur le retour. A l’arrivée, j’en arrive à la conclusion implacable que la course à pied, ce n’est vraiment pas fait pour moi.
Déception…
Cela fait maintenant trois semaines que je n’ai pas couru. Des voyages à l’étranger, du travail au bureau tard le soir, des soirées pluvieuses et des week-ends en famille. Que de mauvaises raisons… Je suis maintenant face à un choix. Soit je laisse tout tomber définitivement et vends mon matériel de coureur sur un site de vente aux enchères, soit je me prends en main. Se poser la question en ces termes, c’est déjà y répondre. Je dois me reprendre. Mais pour cela, il faut que je change de méthode. Ne plus compter sur les bonnes sensations de la première sortie pour tenir un rythme de sortie hebdomadaires qui permettent d’envisager une progression. Il faut se fixer un objectif, quelque chose de concret. Une rapide visite sur des sites web dédiés à la course à pied et l’affaire est entendue : courir mon premier 10 Km. Ca sonne bien. Et puis, des 10 Km, il y a en de partout et presque toute l’année. Maintenant que j’ai l’objectif, je dois définir les moyens de l’atteindre. Le site d’une grande marque de chaussures de running me livre un dossier d’entrainement spécifique à ce type de course. J’y retrouve un vocabulaire scientifique et rigoureux, parfois même très technique. Cela ressemble plus à une recette de cuisine : trois sorties par-ci, une poignée d’étirement par-là. Mais ça me plaît. Je me sens mieux armé et la motivation revient. Il ne me reste plus qu’à m’inscrire à une course dans ma région. Quelques clics sur un site de calendrier sportif et me voilà enregistré pour mon premier 10 Km. Dès réception par e-mail de la confirmation de mon inscription, j’ai l’impression que je suis déjà un peu dans la course. Dans trois mois, je participe à ma première compétition ! Instantanément, je me place dans la peau d’un sportif. Trois mois pour progresser, trois mois pour tenir la distance. Quoi qu’il arrive, je suis déjà fier d’être inscrit. J’imprime même l’e-mail pour l’afficher sur un coin de mon bureau.
Premier trophée…
Le temps est passé vite. Me voilà sur la ligne du départ de la SaintéLyon. Cela fait maintenant trois ans que je cours régulièrement. Quatre sorties hebdomadaires pour un peu plus de soixante kilomètres parcourus. J’ai fondu de douze kilos et en suis à ma huitième paire de running. Dès la troisième, je me suis arrêté définitivement sur un modèle qui convenait le mieux à mon poids et mon allure. Chaque entrainement est planifié scrupuleusement sur mon agenda personnel comme un rendez-vous obligatoire. Les déplacements à l’étranger de la semaine, les visites en clientèle et les réunions internes sont tous étudiés sous une nouvelle perspective : quand, avec qui et ou vais-je courir ? Chaque voyage devient l’occasion de s’entraîner sur un nouveau parcours, parfois avec d’autres partenaires, toujours avec de nouvelles sensations. Ma méthode a aussi un peu évoluée. Je ne veux plus trouver du temps supplémentaire sur un emploi du temps déjà surchargé. Je le prends maintenant sur des activités moins essentielles.
Changement d’habitude…
La course à pied est devenue au fil du temps mon sujet de conversation préféré. Toujours plus d’amis issus de ce monde composent mon entourage. Je mesure le chemin parcouru depuis ma première sortie, dans tous les sens du terme : de longues balades sous la pluie, la neige ou de nuit, plusieurs courses à l’étranger, une expérience grandissante dans le choix du matériel, la nutrition et les entraînements. On me demande même parfois conseils. Mais je relativise aussi beaucoup mes progrès. Il me reste encore tellement à faire : quand un ami m’annonce avoir fini un marathon en moins de trois heures, je me dis que je suis encore bien loin d’une telle performance.
Mes propres rêves…
J’attends le départ de cette nouvelle course avec excitation. Quatre mois que je la prépare pour finir. Juste finir. Bien sûr, beaucoup de contraintes ces dernières semaines pour être prêt cette nuit. Comme toujours, je vis le départ d’une course comme une victoire : une victoire d’abord sur la blessure d’entrainement qui peut surgir à quelques jours de la date fatidique, sur les journées de travail qui n’en finissent pas et vous obligent parfois à reporter la sortie programmée, sur la famille qui ne comprend pas toujours ces absences régulières, sur le manque de motivation qui vous empêchent de sortir d’un lit douillet les matins pluvieux pour la séance du week-end. C’est ma victoire. Je suis tellement loin d’être un champion… mais à ce moment précis, sur cette ligne, je me sens comme eux : le doute de la performance, la certitude de la souffrance et une grande exaltation… un curieux mélange euphorisant.
Un nouveau départ…
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