Récit de l’Ultra-Trail du Mont Blanc par KeyzerSoze
Publié par keyserSoze dans Europe, Rhône-Alpes, recit, ultra-trail, widiwici, tags: chamonix, france, montagne, trail, ultra trail du Mont blancUltra-trail du Mont-Blanc 2009, j’y étais! (by KeyserSoze)

Cette aventure a débuté par une conversation avec un collègue : tiens si on faisait la CCC (NR : la CCC® (Courmayeur–Champex-Chamonix) – 4ème édition 98 km – 5 600 mètres de dénivelé positif – en semi-autonomie – départ à Courmayeur 28 août 9:00 – limité à 1800 coureurs – temps de course maximum : 26 heures – temps indicatif des 1ers : 12 heures !) Afin d’être sur d’être tous du voyage ; c’est en groupe que nous nous sommes tous les 5 inscrits pour le tirage au sort, qui finalement n’a pas eu lieu, tous les inscrits étant d’office sélectionnés.
Après s’être posé pas mal de questions ; quel tenue, que mettre dans le sac en plus de ce qui est obligatoire, comment va-t-on gérer la fatique, l’arrivée de la nuit, la météo….
nous nous retrouvons donc en ce beau jour du vendredi XX sur la ligne de départ à Courmayeur. N’ayant pas tous le même objectif, je pars seul devant mes potes, avec comme point de repère mes temps de passage calculés sur une arrivée en 19h00 ; l’objectif principal étant de rallier l’arrivée, et dans les temps.
J’attaque donc la première montée-ou certains marchent déjà- en courant, afin d’être pas trop mal placé au passage du premier pointage à Bertone pour éviter les bouchons.
Je passe Bertone, km 12(1989m) en 1h45, avec 15min d’avance sur mon temps prévu. Juste le temps de boire un coup et je repars. Ca continue de monter jusqu’au 16ème km, la tête de la Tronche, point culminant de la course à 2584m. Les coureurs ayant quitté le refuge bertone croisent ceux qui y arrivent. Durant cette longue montée pas trop technique, j’alterne course à pied et marche, aidé par mes bâtons. Arrivé au sommet en un peu moins de trois heures, une petite pause le temps de remettre du nok sur mes pieds, je replie mes bâtons et j’attaque la belle descente roulante sur quelques km, avant de remonter jusqu’au ravito suivant au Refuge Bonatti,km22,2020m,atteins en 3h37,soit une vingtaine de min d’avance. Là je recharge ma poche, prends un bol de soupe, dépanne un coureur en Nok, et c’est reparti, on descend jusque Arnuva, premier ravito solide au km 26(1769m).Passage en 4h37, j’ai toujours un peu d’avance.

le contenu de mon sac!!

Courmayeur,lieu du départ.
C’est là que je vais m’apercevoir d’un souci au niveau alimentation, je n’arrive pas à prendre de solide, pas d’envie, pas de faim, alors qu’il y a le choix, que ce soit en sucré comme en salé. Je me contente de Coca et d’eau, ça risque de coincer à un moment ou a un autre ! Je ne prends pas la peine de recharger ma poche, ça devrait passer jusqu’au ravito suivant. A la sortie du ravito, c’est partie pour une longue montée vers le Grand Col Ferret situé à 2537m. Une longue montée qui nous laisse le temps d’admirer les grandes Jorasses sur notre gauche. Montée facile techniquement, mais sur monotraces ou il est difficile de doubler, j’essaie malgré tout de trottiner dès que possible. Arrivée au sommet, j’ai quelques minutes de retard ; pas de ravito, juste un pointage. Je prends tout de même le temps de passer un coup de fil à ma moitié avant d’attaquer la descente qui va nous mener à, Champex, 14km plus loin. Encore beaucoup de monotrace, et des chemins sans grosses difficultés, ça reste roulant, avec quelques passages en sous-bois, puis un peu de bitume avant d’arriver au ravito de la Fouly au km 40(1593m), ou je n’arrive toujours pas à m’alimenter en solide. Je fais une pause de quelques minutes à l’extérieur avant de reprendre mon chemin. Avec ces 10min de pause, j’ai maintenant une vingtaine de minutes de retard. Le profil de la course est encore descendant pendant plusieurs km, avec quelques portions de bitume lorsque nous traversons des hameaux suisses, au tas de bois, au tas de bois impeccablement rangés. A la sortie, début de la montée vers Champex-lac, prochain gros ravito au km 55 (1477m). Je monte tranquillement à mon rythme lorsqu’un spectateur (ou bénévole) annonce Champex à 25min…. impossible selon moi, cela voudrait dire que j’ai comblé mon retard. Quelques minutes plu tard confirmation, les bénévoles au pointage annonce 15min ! J’arrive finalement à Champex pile dans les temps à 19h45.Une fois pénétré sous le chapiteau, je suis tout de suite impressionné par la taille de la zone de ravito, qui grouille de coureurs, un alignement de tables et de banc, avec une seconde zone réservée aux accompagnants. Je fais la queue pour une assiette de pates, me rue sur les yaourts…. pour finalement manger trois pate et le quart d’un yaourt….désespérant. Après un ravito liquide (coca et eau comme depuis le début) je rempli ma poche (1.5l) et vais m’installer dehors au calme, pour à nouveau remettre du nok, passer un coup fil et envoyer quelques messages aux collègues qui suivent ma progression sur le net. J’enfile également mes manchettes, et mets en place ma frontale, la nuit va vite venir.

les 5 compères prêts à en découdre!!


Grossière erreur quelques minutes plus tard, je me plante de direction, prends un chemin qui monte à gauche au lieu de continuer sur la route, emmenant une dizaine d’autres coureurs qui vont suivre bêtement. Au bout d’une dizaine de minutes de montée je vais finalement faire demi-tour, et redescendre à fond de train en me lançant des jurons ! (du style « quel con »,….)



Entre le temps passé au ravito et cette erreur de parcours, me voilà avec plus d’une demi-heure de retard. Légèrement énervé, je vais faire la première partie de la montée dans une bonne allure, gagnant quelques places, avant d’attaquer la partie moins agréable, avec pas mal de cailloux et de marches à monter; là impossible de courir, et les bâtons sont les biens venus ! Je parviens au sommet à 22h16, soit 26min de retard sur mes prévisions, pas trop mal finalement. Problème, j’ai perdu mon tableau avec mes temps de passage, le profil de la course… j’aime bien savoir où j’en suis, et là ça m’oblige à continuer « à l’aveugle ». Finalement, je me rappelle d’un coup que je l’avais pris en photo; sauvé une fois de plus par mon iphone ! Je remonte mes manchettes baissées pendant la montée, et attaque la descente en lâchant les freins. Là je dois avouer que malgré la fatigue je me suis fais plaisir, reprenant pas mal de concurrents, puisqu’en 6km je passe de la 460ème à la 418ème place, bien aidé par ma frontale qui éclaire à + de 100m ! Même pas besoin de prévenir que je vais doubler, les concurrents se poussent d’eux même ! Arrivé au ravito, je prends 10 min de repos, m’occupe de mes pieds et c’est reparti pour une nouvelle montée vers Catogne, avant de redescendre sur Vallorcine pour le dernier ravito solide, ou j’arrive cette fois-ci en ayant souffert dans la descente. Mon retard s’accumule, quasiment une heure, mais à ce moment là ça n’a plus d’importance, le but est d’arriver à Cham’, peu importe si c’est en plus de 20h.En cas de gros coup de moins bien, j’ai toujours moyen d’attendre mes potes qui sont quelques heures derrière.


Une fois quitté le ravito de Vallorcine, reste une dernière grosse difficulté, la dernière montée vers la tête au vent, à 2130m, et après un peu de bitume, il suffit de tourner la tête vers la droite, à fin d’apercevoir des points lumineux dispersés dans la montagne, annonçant la couleur.

Difficile dès le début de la montée de courir, le chemin étant constitué de morceaux de roches formant des marches naturelles. Je monte difficilement, regardant régulièrement ma montre en me fiant à l’altimètre pour savoir ce qu’il nous reste à monter. Arrivé à 1800m, je me dis que le ravito n’est plus loin. Grosse erreur de ma part, non seulement il faut monter jusqu’au pointage à 2130, pour seulement redescendre sur le ravito. A ce moment là je trouve que ça n’en finit pas, je me retrouve seul intercalé en deux groupe, sous la flotte, dans la brume…. à ce moment la le moral est au plus bas ! J’ai l’impression que l’on tourne en rond, lorsqu’en fin je tombe sur le pointage. Je vais encore mettre près de 42min à rejoindre le ravito. En chemin je me dis que je vais prendre mon temps, me faire masser, récupérer afin de faire une descente pas trop merdique et ne pas trop morfler. Finalement une fois sur place, un ravito au milieu de nulle part, ou de nombreux coureurs interroge les bénévoles sur le type de chemin dont est constitué la descente, ça sent les quadriceps dur comme du bois !pas envie de s’éterniser, juste un bol de soupe pour me requinquer, puis je décide de repartir. Il reste juste une petite montée pendant 5min, puis c’est la descente vers Chamonix. Et là, alors que j’étais mort de chez mort dans la montée, je retrouve un peu d’énergie et de lucidité pour attaquer la descente, qui commence par emprunter une piste de ski, avant de bifurquer sur un chemin plus étroit, parsemé de racines.

avec Kilian Jornet,l'extraterrestre vainqueur des 168km.
Je me surprend à faire une descente correcte, rattrapant quelques concurrents carbonisés, me tirant la bourre avec trois autre coureur, deux devant moi et un qui me colle au train. Je vais finalement lâcher prises dans les derniers virages, cette descente n’en fini pas ! Je vais donc finir en marchant, avant de reprendre en trottinant une fois en bas, sur le bitume, essayant de garder le peu de jus qu’il me reste pour faire le dernier kilo dans le centre ville avec une foulée qui ressemble à celle d’un coureur !!

laligne d'arrivée à Chamonix
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Mes respects et ma profonde admiration à mon ami !
sympa ce récit ça donne envie. Bravo en tout cas ! mais c’est quoi donc le Nok ??
Merci Scott,je vais rougir!! on se voit toujours au Nice-Cannes j’espère!!
JMB,tu connais pas le Nok? Il s’agit d’une crème anti-frottement de chez Akileine,à mettre sur toutes les zones »à risque »:pieds,tétons,entre-jambes,aisselles….un indispensable!!
Yes, on se voit à Nice-Cannes !!! Objectif modeste car je mise tout sur la SaintéLyon en solo cette année…